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mot de l'arrq | 16 NOV 2017

Gabriel Pelletier, président

ÉBRANLÉ

Le milieu artistique est présentement « ébranlé » par une série de dénonciations de harcèlement, soient-ils psychologiques ou sexuels. Et ce n’est pas uniquement au Québec que ça se passe. La vague de fond a commencé aux États-Unis avec l’affaire Weinstein déclenchant des dénonciations sur les réseaux sociaux qui se sont multipliées un peu partout dans le monde sous le vocable #metoo ou #moiaussi.

Ici-même, on a assisté au déboulonnement de deux gros producteurs qui se sont tour à tour déclarés « ébranlés » par les accusations qui pesaient contre eux avant de devoir se retirer de leurs compagnies respectives.

Reste que deux gros employeurs ont été écartés de leurs entreprises et que leurs inconduites ont eu des répercussions graves sur plusieurs victimes directes, artistes et artisans, mais ont aussi eu des répercussions indirectes sur plusieurs autres travailleurs et travailleuses mis à pied par l’annulation de productions sur lesquelles ils travaillaient, les transformant en victimes collatérales. Autant par les bouleversements psychologiques, qu’économiques et moraux, c’est tout le milieu culturel qui en a été ébranlé.

Les associations syndicales et patronales du milieu dont l’ARRQ fait partie se sont levées rapidement pour réagir face à cette crise née de l’abus de pouvoir. À l’instigation de la présidente de l’UDA Sophie Prégent, je tiens à le souligner, nous nous sommes donc réunis en compagnie de la nouvelle ministre de la culture Marie Montpetit pour amorcer un travail de réflexion sur des solutions possibles de prévention et de correction des situations de harcèlement dans notre milieu de travail. Nous avons immédiatement convenu qu’il fallait faciliter les dénonciations et accompagner les victimes alléguées pour les protéger légalement et psychologiquement. Nous nous sommes d’ailleurs associés à une clinique juridique menée par l’organisme Juripop qui allait en ce sens et qui a reçu le témoignage de nombreuses victimes.

Mais en même temps qu’il faut protéger ceux et celles qui dénoncent, nous avons réalisé qu’il fallait du même coup s’assurer du bien fondé des accusations et qu’il y avait un besoin d’un organisme neutre qui pourrait non seulement accompagner les victimes mais aussi documenter et juger des faits allégués. Les associations d’artistes et de producteurs ne peuvent être à la fois juges et parties. Les abus ne sont pas le seul fait d’employeurs vis-à-vis leurs employés, ils peuvent arriver entre membres d’un même syndicat et celui-ci pourrait être appelé à défendre des abuseurs autant que des victimes, du moins en ce qui concerne ses obligations découlant de la Loi sur le statut de l’artiste. Car qu’en est-il quand les accusations sont de l’ordre du criminel ? Cela dépasse notre juridiction et nos compétences qui se limitent aux relations de travail. C’est donc pour répondre à ces questions complexes qu’un groupe de travail a été formé afin de proposer des recommandations, tel que nous vous l’avons annoncé dans ce communiqué conjoint. Une histoire à suivre, donc.

En même temps que les dénonciations faisaient leur chemin dans les médias traditionnels, une remise en question morale s’est imposée à l’ensemble de la société québécoise. On sent un changement de mentalité. Les attitudes sexistes, les abus de pouvoir, les silences complices sur les lieux de travail ne peuvent plus perdurer et chacun porte sa part de responsabilité quand il y a des abus non dénoncés.

L’ARRQ n’a pas échappé à cette remise en question. Les membres du conseil d’administration ont voulu aller au bout de cette introspection et nous nous sommes rendus compte que nos statuts et règlements ne contenaient pas de code d’éthique. Nulle part n’y est-il fait mention des valeurs qui devraient animer les réalisatrices et réalisateurs dans l’exercice de leurs fonctions. Car ceux-ci peuvent se retrouver autant du côté des victimes que des abuseurs.

Je rappelle d’emblée que le respect de l’intégrité physique et psychologique des travailleurs incombe d’abord et avant tout à l’employeur, donc au producteur, sur les lieux de travail. Lui seul a le pouvoir d’intervenir pour ramener les fautifs à l’ordre, y compris le réalisateur. Toutefois, celui-ci a tout de même un pouvoir que le producteur lui délègue et dont il peut facilement abuser. Chacun porte la responsabilité de ses propres gestes et doit en répondre.

C’est pour prévenir une telle situation que le conseil d’administration de l’ARRQ a décidé d’offrir à ses membres un code d’éthique afin de les conscientiser sur les responsabilités morales qui viennent  avec leur rôle de « leader » créatif d’une production artistique (voir le communiqué). En tant que leaders, les réalisateurs devraient être des exemples de probité et en devenant membres de l’Association des Réalisateurs et Réalisatrices du Québec, ils devraient du même coup adhérer à un ensemble de valeurs dont la pièce  centrale serait le respect de leurs collègues de travail. À la permanence de l’association, nous avons entrepris de travailler activement à l’élaboration de ce code d’éthique afin de le présenter aux membres pour adoption à la prochaine assemblée générale qui aura lieu à la fin mars.

Cet exercice n’est pas vain. L’actualité nous l’a prouvé cette semaine encore quand c’est un de nos membres qui a fait l’objet de dénonciations à son tour. De l’aveu même du réalisateur en question, il a erré quant à ses méthodes de travail « appartenant à une autre époque ». Espérons que nous sommes dans une nouvelle ère, en effet. Voir un collègue errer est un douloureux rappel que chacun doit se questionner sur ses méthodes de travail. Nul n’est à l’abri de commettre une faute, surtout quand le pouvoir nous le permet. C’est à ce moment qu’une boussole morale peut devenir utile.

En terminant, je ne peux que me réjouir du pouvoir de dénonciation que les réseaux sociaux ont conféré aux victimes. Mais c’est aussi un pouvoir dont on peut abuser. J’y ai assisté à un certain dérapage cette semaine. L’opprobre publique peut rapidement se retourner et s’attaquer à des alliés naturels plutôt qu’aux vrais responsables. Malheureusement, les réseaux sociaux ne peuvent remplacer nos institutions légales quand il s’agit de juger et condamner les coupables. Il ne faut pas non plus perdre foi dans les syndicats qui nous représentent. Parfois il faut avoir le courage de s’y retrouver, pour parler et pour dénoncer.

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