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mot de l'arrq | 31 OCT 2018

FRONT COMMUN, CONSULTATIONS ET COALITIONS


Si vous lisez nos communiqués ou les nouvelles de l’industrie audiovisuelle, vous avez appris que l’ARRQ fait front commun avec l’AQTIS et l’UDA dans nos négociations avec l’AQPM en télévision. Bien qu’elle n’ait pas encore fait beaucoup de vagues, la nouvelle est de taille. Pour que trois syndicats professionnels décident de réunir leurs forces pour revendiquer de meilleures conditions de travail sur les plateaux de tournage de télévision c’est qu’il y a péril en la demeure. Cette nouvelle est sans doute dure à avaler pour les producteurs de l’AQPM avec qui nous négocions nos ententes collectives mais ce n’est pas le but.

Ce qu’il faut comprendre de cette action, ce n’est pas tant qu’il y ait un désir de confrontation avec les producteurs mais surtout le désir de lancer un signal clair que les artistes et artisans en ont assez de payer le prix du manque de financement de nos productions télévisuelles. Nous avons déjà parlé ad nauseam des causes de la décroissance des budgets de production des émissions francophones, une décroissance qui remonte sans doute à la multiplication des chaînes spécialisées et qui culmine aujourd’hui avec l’arrivée des plateformes numériques. Le choix des consommateurs de contenu culturel s’est multiplié par cent mais le financement, lui, n’a pas suivi la parade, et ce sont les travailleurs culturels à la base de notre système de radiodiffusion qui doivent en supporter les plus grands effets.

Pour arriver à livrer toutes ces émissions financées à rabais, on tourne au pas de course, avec moins de temps de tournage, moins de préparation, moins de personnel, et moins de ressources. Cette situation ne peut qu’avoir des effets néfastes sur la santé, la sécurité et la vie familiale de ceux et celles qui oeuvrent  sur et autour des plateaux de tournage. Il est temps que ça cesse. Dans chacun des trois syndicats qui forment aujourd’hui un front commun, nos membres vivent les mêmes problèmes. La pression est devenue insoutenable et nombre d’entre eux sont au bord de l’épuisement professionnel. Ils perdent peu à peu de vue le plaisir qu’ils avaient à pratiquer leur métier car on ne valorise plus tant la qualité de leurs créations que la capacité de livrer un produit dans un temps record. Sur certains plateaux, on s’applaudit à la fin de la journée pour avoir réussi à tourner un nombre toujours grandissant de pages de scénario.

Il y a déjà plusieurs années que l’ARRQ, l’UDA et l’AQTIS sont en mode solution. Seuls ou au sein de coalitions où nous travaillons main dans la main avec les associations de producteurs, nous faisons des représentations auprès des gouvernements et agences gouvernementales pour proposer des solutions à la crise de financement que notre industrie culturelle traverse. On assiste à une « consultationnite » aigüe depuis un certain temps qui mobilise nos énergies sans qu’on en voie des résultats concrets. Mais pendant que nos décideurs réfléchissent à des changements législatifs et des politiques culturelles qui prennent des années à voir le jour et à mettre en place, des artistes s’épuisent à la tâche. Si le changement ne vient pas assez vite d’en haut, il devra venir de la base, de ceux et celles qui font chaque jour notre télévision.

Nous nous devons donc d’exercer notre mandat premier, celui, en tant que syndicats, d’obtenir des conditions de travail décentes qui ramèneront la création artistique au cœur de notre industrie. En ce sens, nos interlocuteurs sont à l’AQPM et pas ailleurs. Même si nous comprenons que les producteurs vivent eux-aussi de la pression de la part des diffuseurs, nous n’avons pas le choix de nous adresser d’abord à eux. Nous espérons toutefois qu’en traçant aujourd’hui une ligne dans le sable, les travailleurs culturels vont provoquer une réflexion de tous les acteurs de l’industrie, particulièrement de la part des diffuseurs.

 « Au Québec, on fait des miracles avec des petits budgets », dit-on souvent. Et le miracle est malheureusement devenu la norme. Mais si on veut que nos productions s’imposent sur un marché de plus en plus concurrentiel et international, je souhaite qu’on dise très bientôt : « Au Québec, on fait de la qualité ».

 

Gabriel Pelletier, président

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